Après la Grèce, l’Irlande bientôt au régime sec ?
L’histoire se répète. Après la Grèce au printemps dernier, une autre crise révèle la fébrilité du système financier mondial. En fait de solution, l’euro y apparaît comme un des problèmes de l’équation.

Les difficultés actuelles de l’Irlande constituent un cas d’école. Dublin a cher payé le renflouage des banques menacées par la crise financière mondiale. Résultat : le déficit public irlandais atteint aujourd’hui les 32 % ! Au lieu de demander des comptes aux institutions bancaires, le gouvernement irlandais a décidé d’engager un plan d’austérité à l’ampleur inégalée : en quatre ans, le déficit doit passer sous la barre fatidique des 3% du PIB !

Las, ce remède de cheval ne suffit pas à rassurer les marchés financiers. Ces deux dernières semaines, la hausse continue des taux d’emprunt a miné les banques irlandaises et contaminé les obligations portugaises.

Loin de protéger les économies nationales, la libre circulation des capitaux dans une Europe dérégulée accroît le risque de contagion des crises !

Si l’Union Européenne envisage de piocher dans le Fonds Européen de Stabilité Financière, elle conditionne son aide au durcissement de la cure d’austérité irlandaise. Autant dire que le pourtant très libéral gouvernement Cowen se situe à la gauche de Bruxelles !

Quant à la Banque Centrale Européenne, celle-ci redouble de cynisme en fournissant aux banques irlandaises des emprunts à un taux supérieur à ceux du marché interbancaire européen. L’Irlande dépend ainsi d’une perfusion coûteuse qui démontre l’incurie de l’Eurogroupe.

Au lieu d’encadrer l’économie, la BCE se fait le relais des marchés financiers. Le mythe d’un euro-moteur de la croissance européenne n’a que trop duré. Constamment surévaluée, la monnaie unique impose une seule gestion monétaire à des économies aux intérêts divergents. Pire, l’euro plombe la compétitivité-prix des industries européennes face à leurs rivales chinoise et américaine, entraînant des délocalisations en série.

Sans pilotage économique ni possibilité de dévaluer, le navire euro prend l’eau de toutes parts. Pour ne pas payer le coût social des politiques de déflation encouragées par Bruxelles, l’Irlande et ses partenaires devraient prendre leurs responsabilités en étudiant les scenarii de l’après-euro.

Comme le suggérait dernièrement Jean-Pierre Chevènement à notre ex-ministre des Affaires Etrangères : «Changez les règles du jeu ou changez de jeu ! ».





Rédigé par Jean-Marc Nicolle le Mardi 16 Novembre 2010 à 15:46 | {0} Commentaires